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Bloomays : la stratégie derrière ses choix build vs buy

Published November 7, 2025 in Interview

Bloomays : la stratégie derrière ses choix build vs buy

Loïc Calvy, CTO de Bloomays, explique comment l’entreprise choisit entre construire en interne ou s’appuyer sur des solutions existantes.

Cofondateur et CTO de Bloomays, Loïc Calvy est un CTO très “hands-on”. Diplômé d’un Executive MBA en 2020, il décide de lancer sa propre aventure entrepreneuriale avec une conviction : le marché du recrutement méritait une meilleure expérience utilisateur. Aujourd’hui, Bloomays The Good Connection emploie une vingtaine de personnes (dont une dizaine de recruteurs formés aux métiers de la tech) et opère autant sur le freelancing que sur le CDI. Loïc revient sur ses arbitrages techniques et business entre “build” et “buy”.

Quels critères techniques et business guident vos choix entre développer une solution en interne ou recourir à un outil tiers ?

Loïc Calvy : C’est une question qui revient souvent, parce que les profils comme le mien, issus de la tech, ont tendance à vouloir toujours build : on a appris à développer, donc c’est notre réflexe naturel. Mais très tôt, je me suis fixé une règle simple : on ne build que ce qui relève du core business. Si ce n’est pas ton ADN, tu buy !

Chez Bloomays, notre stack est un assemblage de solutions du marché. On a un ATS pour gérer le recrutement, un CRM commercial avec Hubspot, un outil de facturation… Tout ça, c’est du buy. En revanche, on a construit le workflow qui orchestre ces briques. Parce que ce qui fait la valeur de Bloomays, c’est l’expérience utilisateur : garantir qu’un client ait la même qualité d’échange avec un recruteur ou un autre. Pour ça, on ne pouvait pas déléguer la façon dont on standardise nos points de communication.

Autre point clé : la facturation. Dans notre métier, on a un besoin massif de cash. Je voulais maîtriser parfaitement les flux de facturation, vérifier le temps de travail des freelances, automatiser l’émission des factures… Ça, c’était trop central pour le confier à un outil du marché. On a donc build. Même logique pour notre base de données talents : les ATS existants ne nous donnaient pas la flexibilité nécessaire pour décrire les compétences comme on le souhaitait.

Comment évaluez-vous le coût réel du “build” par rapport au coût du “buy” ?

Loïc Calvy : Là, je reste assez classique. Je découpe les besoins en user stories, j’évalue la charge (small, medium, large tickets), puis je multiplie par le coût des ressources. Un développeur interne payé 60K annuel, chargé à 90K, ça te donne un coût journalier. Si tu externalises, tu calcules sur le TJM freelance.

En faisant ça, tu réalises vite que le build coûte beaucoup plus cher. Alors évidemment, on compare ça à des outils qui coûtent 200 € par mois… Tu ne peux pas rivaliser. Mais attention : quand tu buy, tu construis sur un outil dont tu peux avoir du mal à sortir.

Exemple concret : au début de Bloomays, on a choisi un outil pour gérer nos process. Au bout de deux ans, il a fallu en changer. Problème : on avait empilé tellement de workflows liés à la finance, au customer care, etc., que le débrancher a coûté énormément. C’est la contrepartie : le buy, c’est rapide et efficace, mais si tu n’anticipes pas, tu peux payer très cher la sortie.

La vague IA change-t-elle votre manière d’arbitrer entre build et buy ?

Loïc Calvy : Oui, potentiellement. Jusqu’ici, je disais toujours : “si tu peux buy, buy”. Parce que les boîtes spécialisées feront mieux que toi. Mais avec l’IA et les agents capables de coder pour toi, le build devient moins coûteux et plus accessible. Ça pourrait rebattre les cartes.

Aujourd’hui déjà, les outils comme Zapier, N8N ou Make ont changé le jeu. Avant, si un produit manquait de fonctionnalités ou n’était pas interopérable, on buildait par défaut. Maintenant, tu peux faire communiquer tes solutions achetées entre elles très facilement. Ça pousse encore plus vers le buy.

Avez-vous des regrets dans vos choix passés ?

Loïc Calvy : Oui : ne pas avoir assez documenté. Quand tu build ou que tu interconnectes plusieurs briques, si tu n’as pas écrit noir sur blanc ce qui est branché où, trois ans plus tard tu es bloqué au moment de débrancher. C’est ce que nous avons vécu.

Aujourd’hui, on continue de buy massivement, mais on structure nos intégrations autrement : si demain on doit changer d’outil, ça nous prendra quelques mois, pas deux ans.

Quels conseils donneriez-vous aux startups et scale-ups qui font face à ces choix ?

Loïc Calvy : D’abord : évitez le FOMO. Quand tu commences à regarder le marché, tu as le tournis tellement il y a d’outils. Benchmarker, oui. Mais il faut vite choisir et avancer.

Ensuite : acceptez d’avoir honte de votre V1. Elle sera forcément imparfaite, et c’est tant mieux. Si vous attendez la solution parfaite, vous allez passer deux ans à build sans rien sortir. Mieux vaut shipper vite, quitte à ajuster.

Enfin : assumez vos choix. Que ce soit build ou buy, ce sont des paris sur cinq ans. Un mauvais choix, on le traîne longtemps. Alors mieux vaut en être conscient et vivre avec, plutôt que de rêver d’un outil parfait qui n’existe pas.

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